par Jean-Louis Guilain, ancien du Logis
Au début des années soixante, le château n’avait pas l’allure qu’il a aujourd’hui. Beaucoup de transformations ont modifié son esprit.
Tout d’abord, côté rue de Port Royal, il n’existait pas d’entrée dans le bâtiment. L’entrée actuelle de la Direction Générale ouvrait sur la salle de réfectoire et le coin télé.
Le Bureau du Directeur Général était un dortoir (le dortoir bleu il me semble).
Il n’y a pas eu de transformation notoire sur la façade. Toutefois, de chaque côté de l’escalier, il y avait une énorme haie de troènes de plus de deux mètres de haut et large d’au moins un mètre cinquante.
Le rez-de-chaussée a servi plusieurs fois de salle de spectacles pour les fêtes ou manifestations qui étaient organisées dans le réfectoire, transformé pour l’occasion en music-hall ou en hall de réception.
Quatre tables de huit faisaient une scène digne des plus grands cabarets. Les bancs du réfectoire s’alignaient pour offrir de magnifiques places aux spectateurs (tout le monde bien sûr participait aux festivités).
En un rien de temps s’improvisait la mise en place du music-hall, et pouvait débuter « la soirée orchestre ». La batterie et les guitares électriques commençaient à donner et c’était la présentation d’un concert de musique et de chansons « yéyé » (Satisfaction et les Rolling Stones étaient à l’honneur) et ça pulsait terrible !
Ou alors « soirée veillée » et présentation de numéros. Des chants, des mimes, du jonglage, des jeux d’instruments de musique, des histoires vraies, drôles ou cocasses (déjà quelques talents d’humoristes !).
D’autres manifestations étaient conçues comme par exemple « le Noël rétro ». Avec l’aide de quelques éducateurs et de personnels de service, nous avons préparé Noël en organisant une soirée médiévale. Tout le réfectoire s’est retrouvé tapissé de papier Kraft et repeint en décor château fort modèle onzième siècle. Le personnel ainsi que les ados et jeunes adultes avaient fabriqué leurs costumes d’époque pour s’accoutrer du meilleur effet. La soirée s’était déroulée autour d’un repas de Noël rustique.
A la fin du réveillon, il avait été prévu que chaque convive offre un petit cadeau à son voisin (au préalable, chacun avait tiré au sort, quelques semaines avant la fête, le nom de l’heureux élu).
Je me souviens avoir offert un livre de poche.
Ce fut une belle fête !
D’autres soirées s’étiraient devant la télé. Par exemple, l’immanquable film du dimanche soir en noir et blanc ou les « dossiers de l’écran ». Ambiance fumée de tabac brun garantie.
Et oui, à 13/14 ans, on pouvait fumer comme des hommes et l’on ne s’en privait pas : « Allez, file moi une taffe » ou « je crache, passe moi une clope ! ».
Mais, passons au premier étage :
Montons le grand escalier de bois, qu’à tour de rôle par groupe de quatre ou cinq l’on grattait à la paille de fer et qu’ensuite l’on encaustiquait et frottait pour faire briller.. Le travail terminé, le lieu dégageait une bonne odeur de cire d’abeille et de bois d’antiquaire
A l’étage, le couloir menait de part et d’autre au dortoir rouge et au dortoir vert. Au milieu du couloir se trouvait le logement de l’éducateur d’étage, en l’occurrence Robert CAILLETON.
Ah ! Quel souvenir de revoir Robert qui poussait la porte du dortoir en sautant comme un pantin dans sa boîte, torse nu et en slip « kangourou », en nous hurlant de la fermer, car il était tard et les feux éteints.
Dès qu’il avait tourné les talons, le chahut reprenait de plus belle.
Chaque soir, entre 19 h et 19 h 15 après la douche, nous avions aussi notre quart d’heure de réparations des bobos de la vie. Quelle barbe de foutu acné !
Dans un recoin du couloir du premier, il y avait un placard dans lequel on pouvait trouver un réconfort physique et moral. Des produits pour la peau, pour les yeux, les oreilles, le mal de tête ou le mal de ventre étaient distribués par Eliane LAMBEAUX.
Elle prenait un malin plaisir à se moquer de nos nez de bœuf ou à piquer les gaufrettes et de nos affreux boutons qui disparaissaient sous une épaisse crème blanchâtre.
En reprenant l’escalier, on arrivait à un demi-étage intermédiaire où plusieurs piaules de quatre ou de deux étaient réservées aux plus vieux des Saint-Lambériens et quelques fois aussi à des stagiaires éducateurs.
Là, c’était quartier pratiquement interdit pour les plus jeunes, car il fallait respecter scrupuleusement la hiérarchie, ou attention aux retombées !!..
En haut, les jeunots (13/14 ans)
A l’étage intermédiaire, les plus vieux (19/21 ans)
Au premier étage, les moyens (15/17 ans)
En bas, les moyens vieux (17/19 ans).
Enfin, on atteignait le deuxième étage pour arriver dans l’antre des plus jeunes : les bleus, répartis entre le dortoir orange et le dortoir jaune.
C’était l’endroit de tous les dangers. Tout d’abord, les concours –des plus insolites aux plus farfelus. Certains concours ne sont d’ailleurs pas racontables pour des oreilles chastes. Toutefois, l’un d’entre eux était particulièrement rigolo. C’était le concours de pets avec gaz, flammes et poils grillés qui dégageaient une odeur acre de cochon brûlé et de soufre mélangés.
La plus grande flamme réalisée désignait le vainqueur.
Autre exploit.
L’acrobatie la plus dangereuse commençait par monter sur le rebord du toit et de la gouttière. En se tenant en équilibre sur le rebord du toit, le jeu consistait à aller et venir d’un côté et de l’autre de la façade. Par bonheur, aucun accident n’a jamais été à déplorer.
Mais quelle montée d’adrénaline !!.
Allez, redescendons au rez-de-chaussée et sautons au sous-sol. Là, c’était l’endroit stratégique, la cuisine. Il fallait toujours être en bon terme avec le cuisinier. Ca aidait pour le rab et les goûters en catimini après la collation des éducateurs. Café au lait et tartines de pain au beurre étaient vraiment un régal avant de retourner en cours pour les deux dernières heures de classe. C’était bien d’être copain avec le cuistot. « Vraiment merci, maître Georges » !!
Il est vrai qu’à St Lambert, en toutes circonstances, la bouffe a toujours été, pour moi, le meilleur réconfort.
L’autre partie du sous-sol était occupée par les douches, le vestiaire et la machinerie du château.
Pommes de douche au plafond, caillebotis au sol, on s’entassait à une vingtaine pour se décrasser dans un immense nuage de vapeur.
Ensuite, on se séchait et on se rhabillait dans le vestiaire avant de regagner le réfectoire pour le repas du soir.
Du côté jardin, la façade du château n’avait pas le même cachet. De part et d’autre de la petite porte à l’arrière, un escalier de dix à douze marches donnait accès à un bureau verrière. Deux jolies rambardes à volutes décoraient la montée d’escalier.
L’un des deux bureaux était celui du secrétariat et l’autre était celui de l’économat.
Ces quelques anecdotes donnent un brin de nostalgie à ces belles années passées à Saint-Lambert, d’autant plus que nous ne connaissons pas à l’heure actuelle, quel sera l’avenir du château après le départ de la Direction Générale à St Quentin en Yvelines.
Souhaitons qu’on lui trouve rapidement une nouvelle vie avant qu’il ne disparaisse…
Jean-Louis GUILLAIN