L’Assemblée Générale

RAPPORT D’ACTIVITÉ 2016

En début de l’année civile 2016, Sylvie DEVEILLE est nouvellement nommée pour assurer le mandat de Présidente de l’Association des 3A, succédant ainsi à Claude DOMANGE.

CREATION D’UNE POCHETTE DE « BIENVENUE AUX 3A »

Ayant déjà était présidente d’une autre association, Sylvie nous expose une idée qui lui tient à cœur au sujet de l’accueil des nouveaux membres, plus particulièrement pour les jeunes sortant des établissements de l’AVVEJ souhaitant nous rejoindre et auxquels la complexité d’une association et entre autres, les abréviations que nous employons si naturellement ne sont pas des plus faciles à s’acquérir.

Réflexions et travail se font rapidement, car comme l’avait assuré l’ensemble des membres du Bureau, un grand soutien serait apporté à Sylvie pendant le temps de son mandat. Cette dernière nous a précisé que nous devions être le plus clair et concis possible dans les écrits. Cela a tout de même demandé plusieurs échanges lors des différentes réunions du Bureau.

Nous sommes parvenus à la création d’une « POCHETTE DE BIENVENUE AUX 3A » contenant différents documents explicatifs : Qu’est-ce qu’une association ? Les 3A, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qu’on y fait ?

Beaucoup ignorent que l’établissement qui les a reçus fait partie d’une grande association et d’un groupement. Ils ignorent souvent qu’il existe une Association d’Anciennes et d’Anciens. Nous avons mis toute notre énergie dans ce travail et sommes tous persuadés aujourd’hui que le plus précieux reste la rencontre avec un nouvel Ancien, pérennisée par cet outil.

Ce dossier a été approuvé par tous les membres du Bureau et présenté lors d’un Conseil d’Administration.

EMPRUNT : COMMENT DEPANNER UNE PERSONNE SANS LA METTRE EN DIFFICULTE ?

Eviter des montants de prêts trop élevés, favoriser des remboursements réguliers en préférant des petites sommes avec la possibilité d’en suspendre quelques-unes pour quelques mois.

Un remboursement, même minime, prouve que l’emprunteur a pris conscience de cette chaîne de solidarité et de permettre aussi  à d’autres personnes d’emprunter,

Plusieurs réunions ont été nécessaires pour approuver les propositions de notre trésorier Lucien. Vous trouverez un dossier en annexe.

CVS – GROUPES D’EXPRESSION:

Alissata, Elsie et Bernard ont participé aux Conseils à la Vie Sociale ou Groupes d’expression de quelques établissements.

Il est nécessaire de rappeler l’importance de ces rencontres avec les Directeurs, les salariés et les jeunes des différentes structures. C’est l’occasion pour tous de faire plus ample connaissance et de présenter notre association.

Il en est de même aux « réunions des nouveaux salariés ’’ qui ont lieu à la Direction Générale. Nous y avons présenté nos deux livres :

  • 40 ans de vie de l’association des 3A
  • Quand j’étais petit, on m’a retiré de ma famille.

Nous mettons aussi à leur disposition la plaquette explicative de l’association.

PARTICIPATION AU 1ER SALON DU LIVRE A L’IRTS DE CAEN

salon livre caen

Aïcha, Sylvie, Lucien et Bernard ont participé au 1er salon du livre « Plumes et Ancres Sociales » qui se tenait à l’IRTS Normandie-Caen, à Hérouville St Clair précisément. Nous y avions un stand pour présenter et vendre nos deux livres.

Nous y avions fait de très belles rencontres et eu beaucoup d’échanges ; les ventes des livres furent bonnes.

Nous avons constaté que lorsque les personnes qui nous invitent ont lu le dernier livre, les échanges sont plus fructueux. Depuis, nous exigeons que les personnes qui souhaitent notre venue aient lu le livre.

JOURNEE D’ETUDE IRTS/RECRE/3A 

journée IRTS Recre 3APar l’intermédiaire d’une connaissance du fils de Sylvie, éducatrice et membre de l’association Caennaise « RéCRé » (Réseau d’échanges Clinique et de Réflexion éducative) qui, après avoir lu le livre (Quand j’étais petit, …), a émis le souhait de nous faire participer à une journée d’étude qui se prépare entre l’IRTS Normandie-Caen et RéCRé. Les rendez-vous de réunions de travail (une sur Paris et l’autre sur Caen) se sont très bien déroulés.

Elsie, Sylvie, Aïcha et Bernard ont travaillé en binôme chacun avec un travailleur social lors d’une la table ronde réunissant plus de 250 personnes (étudiants, professionnels et autres) dans l’amphithéâtre sur les quatre thèmes proposés :

  • Conflits et tension – comment tenir bon ?
  • L’enfant, sa famille et l’éducateur – et si l’on parlait de lien ?
  • Chronique de la vie ordinaire – on attend qui ce soir ?
  • Les camps – comment se connaître autrement ?

programme journée irts recre 3A

Nous avons répondu à quelques questions un peu timides des étudiants. Tous ont trouvé cette magnifique journée très intéressante et enrichissante. Après nous avoir écoutés, un intervenant, Directeur d’une MECS à Biarritz (Noël TOUYA), a émis le souhait de voir les 3A dans son établissement à ses frais (affaire à suivre !!!).

WEEK-END ANNUEL

Notre week-end annuel, tous ensemble, pour clôturer l’année écoulée s’est réalisé chez Bernard sous le soleil de Poissy. Parmi les nombreux sujets abordés, Claude nous informe qu’Abir SAMMOURI posait sa candidature à la présidence de l’association et que Sylvie acceptait de reprendre le mandat de Vice-présidente.

TEMOIGNAGE

Camille, Ancienne des Terrasses, aujourd’hui l’Oustal, nous a rejoints alors que note livre de témoignages était publié. Malgré quelques appréhensions bien naturelles, Camille a souhaité travailler avec Pierre pour écrire le sien. Avec son autorisation, ce dont nous la remercions, nous vous proposons son texte.

A 14 ans, ce 3 janvier 1974, j’ai dû quitter ma province pour regagner Versailles. Plus précisément Notre Dame de Charité au 18 rue du refuge. Cet établissement, ancien couvent, que nous appelions le « Refuge », était divisé en deux parties, d’un côté les religieuses de l’autre les jeunes filles ayant été placé pour problèmes familiaux. Ce qui était mon cas. J’y suis restée environ 1 an et demi, j’y ai connu Sœur Josépha que nous surnommions Sœur Jo. Elle tenait l’atelier où nous confectionnions de petits objets que nous pliions, collions pour je ne sais quel organisme. Nous pouvions nous y rendre après l’école ou le mercredi afin de nous faire un peu d’argent.

Mais comme j’étais une jeune un peu trop turbulente, les religieuses ont préféré m’envoyer aux « Terrasses », une annexe du foyer, rue Jacques Boyceau la rue au-dessus de celle de la rue du Refuge. On pouvait accéder à ce magnifique pavillon par un petit chemin en espalier au fond du jardin.

Le Directeur de ce nouvel établissement, connaissant ma réputation, ne voulait pas de moi mais que ça lui plaise ou non la directrice avait décidé qu’il devait me prendre en charge.

Moi non plus, je ne voulais pas de lui car je quittais mes copines du « Refuge » avec qui je faisais les 400 coups. De ce fait je restais enfermée dans ma chambre et n’en sortais que pour manger ou aller à l’école. Mais il insistait, quel courageux homme ! Je ne sais combien de fois il est venu frapper à ma porte en disant que je ne devais pas rester seule dans ma chambre et que je devais venir auprès de mes camarades. En fait, il savait très bien ce qui se passait dans cette chambre : je me shootais avec du trichloréthylène que je sniffais. Il était facile de s’en procurer, il suffisait d’aller à la droguerie rue de Montreuil où le flacon coutait, comme l’on dit, une poignée de cerises. C’était un moyen de substitution que nous avions trouvé quelques pensionnaires et moi à de vraies drogues (style haschich, marie jeanne etc. …) car celles-ci étaient beaucoup trop chères pour notre maigre pécule.

Bref, ce brave homme, m’a pris sous son aile un peu comme si j’étais sa fille. Je lui serai éternellement reconnaissante, certes c’était son travail mais grâce à lui je me suis sortie de ce bourbier dans lequel je venais de franchir le premier palier qui me permettrait d’accéder à la grande délinquance.

A 18 ans, j’ai quitté le foyer et me suis débrouillée tant bien que mal pour entrer dans la vie. Quelques années plus tard, étant restée en relation avec Yvette (ancienne éducatrice du Refuge) j’ai revu Sœur Jo, à partir de ce moment-là, je suis toujours restée en relation avec elle.

Je lui téléphonais pratiquement tous les mois, je passais certains Noël avec elle et quelques-unes de ses amies. Au moment de mes vacances n’ayant aucune famille à qui rendre visite, je passais parfois une semaine à son domicile où elle avait aménagé un oratoire dans une petite pièce de son appartement – quel repos, quel calme ! – je rentrais chez moi sereine et ressourcée. J’avais l’impression d’être partie en vacances pendant un mois.

A ces occasions Jo me parlait d’une association « les 3A » qui rassemblait d’anciennes jeunes filles, des garçons de foyer ainsi que des éducateurs. Elle souhaitait que je fasse connaissance avec cette organisation, or je trouvais que le lieu de rencontre (St Lambert, je crois) était trop éloigné de mon domicile et je ne me voyais pas faire un long trajet avec mon véhicule, surtout sans connaître la route – je n’avais pas de GPS à cette époque.

Jo m’avait appris que Sylvie DEVEILLE, ancienne pensionnaire, était membre de cette association et s’investissait pour retrouver d’anciennes filles. J’avais quelques brefs contacts avec elle via Facebook.

Septembre 2014, mon ordinateur faisait des siennes depuis quelques temps et fonctionnait de temps à autre. Donc je n’allais pas souvent voir mes mails. Je m’apprêtais comme chaque année, pour mes vacances à passer un petit moment avec Sœur Jo. Mais avant de partir, je tente une nouvelle fois de consulter ma messagerie et à travers le dialogue entre Sylvie et quelques filles je comprends qu’il est arrivé quelque chose à sœur Jo. De suite, j’appelle chez elle et je tombe sur Jeanne, une dame qui était un peu sa tutrice. Jeanne m’informe qu’elle a procédé au transfert d’appel de chez Sœur Jo à son propre domicile. Elle m’explique qu’elle a trouvé Sœur Jo par terre dans la cuisine, que celle-ci a passé quelques jours à l’hôpital avant de décéder le 3 septembre et que l’enterrement aura lieu le 8 septembre à l’église de St Symphorien à Versailles.

La terre s’est écroulée sous mes pieds. La seule personne qui me rattachait à mon passé (car on a tous besoin d’un passé qui nous rappelle qui l’on est, d’où l’on vient) venait de rejoindre ma mère biologique et son chéri le BON DIEU. Je venais de perdre ma seconde MAMAN.

Lors de l’enterrement, j’ai rencontré Claude DOMANGE, la présidente des 3A à l’époque. Puis Sylvie m’a contacté, elle m’a proposé de participer à un bureau de l’association pour faire connaissance, j’ai accepté ce qui m’a permis de revoir ma grande amie de mes 16 ans : Elsie. Que d’émotions ce jour-là ! Toutes les 2 sont par la suite devenues mes marraines afin que j’intègre le bureau. Grace à elles j’en suis devenue membre. J’ai pu faire connaissance avec d’autres anciennes et anciens de divers foyers. Depuis j’apprends à connaître ce qu’est cette association.

Au début je ne m’y sentais pas très à l’aise. Je n’aime pas parler en public et me sens gênée de m’exprimer devant une assemblée. Pourtant au début de ma vie d’adulte, j’ai pris des cours d’art dramatique, je savais déclamer des scénettes devant un auditoire. Au bureau des 3A lorsque l’on me demande mon avis et que je dois prendre la parole, j’ai la gorge nouée et j’ai du mal à m’exprimer alors je préfère éluder la question en disant que je n’ai pas prêté attention à ce qu’il venait d’être dit. J’ai l’impression de ne rien comprendre mais je m’accroche car j’y ai trouvé comme une nouvelle famille.

Le décès de Jo a été l’apocalypse après les problèmes que je rencontrais dans mon travail : avec une chef comme on en fait si bien, parfaite en méchanceté, sournoise, lunatique, bref le clone d’une de mes sœurs utérines. Il ne m’en a pas fallu plus pour que je sombre en dépression. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps et n’arrive toujours pas à m’en remettre.

Moi qui étais si gaie, toujours à rire, d’humeur badine, je suis devenue triste et effacée.

Comme m’a fait remarquer, récemment une amie, heureusement que j’ai rencontré les 3A, ce qui m’aide à continuer.

Pour moi, lorsque les individus sont inaptes à élever les enfants dont ils ont la responsabilité, devraient les placer à la DDASS où il y a des personnes compétentes et dévouées. Ceux-ci pourront même très certainement les aider.

Lorsqu’aujourd’hui, je fais le bilan de ma misérable vie, je m’aperçois que, mises à part mes 4 premières années avec mes parents, la période la plus heureuse de ma vie fut les 4 autres années passées en institut auprès des religieuses et de mon éducateur : GILLES.

Je sais que parfois dans les foyers il s’y passe des choses terribles. Toutefois, je tiens à remercier la grande majorité de ces femmes et ces hommes dévoués, consacrés à la protection de l’enfance, très souvent au détriment de leur vie personnelle, qui ont une foi incommensurable, qu’ils soient laïques ou religieux.

Le fait de s’investir dans un métier si difficile notamment auprès d’adolescents (période la plus complexe dans l’éducation), requiert beaucoup de bienveillance, d’humanité et d’abnégation.

CAMILLE

Nous terminerons en souhaitant un bon mandat à notre nouvelle présidente et voici des photos…

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